mardi, 01 mai 2007

"Spider-man 3" de Sam Raimi

medium_spider-man_3.4.jpgQuiconque ose encore affirmer qu’un auteur ne peut s’affirmer au travers de la plus grosse machine hollywoodienne se doit de voir Spider-man 3. Jamais un même réalisateur n’avait signé consécutivement trois volets d’une même série de films issus d’un seul et unique comic-book. Richard Donner avait fait deux Superman (depuis le director’s cut du 2, on en a la confirmation), Tim Burton deux Batman et Bryan Singer deux X-men, avant d’aller se fourvoyer dans Superman returns.

L’entreprise de Singer est d’autant plus remarquable que contrairement, par exemple, aux deux Batman de Burton, ses trois films se fondent les uns dans les autres, que ce soit d’un point de vue esthétique ou scénaristique. Sur ce point, la trilogie Spider-man se rapproche beaucoup moins des films précédemment cités que de celles du Seigneur des anneaux et autres Star Wars. Rarement des nœuds dramatiques auront été à ce point tissés entre différents films dmedium_Spider-man_3_c.jpg’une même saga. Le splendide générique d’ouverture de ce troisième opus illustre à merveille comment Raimi a conçu cette série de trois films comme une immense toile d’araignée dont chaque fil est la devenir d’un personnage et chaque intersection un choix possible, une bifurcation qui en entraîne d’autres. D’où l’extrême densité narrative de ce troisième volet  qui alterne sans relâche scènes d’action épiques, romance tourmentée et flashbacks tragiques sur le même mode que le second opus, mais d’une façon plus intensive encore. La mise en scène virevoltante de Sam Raimi brouille tout manichéisme primaire pour nous montrer un Peter Parker en perte progressive medium_Spider-man_3_b.2.jpgde repères moraux et existentiels. Devenu le symbole d’une Amérique triomphant du mal, jusqu’où doit-il user de ses pouvoirs lorsque la situation tourne à son désavantage ? Film critique à l’égard de la guerre en Irak ? Sans doute, mais la dimension politique de ce troisième opus est secondaire. Comme dans les deux autres volets, c’est le passage à l’âge adulte du héros qui est mis en avant, cette fois doublé d’un rapport conflictuel à la célébrité. Les clins d’œil à l’histoire du cinéma sont nombreux et astucieusement amenés dans un film qui constitue l’un des divertissements les plus beaux et intelligents que nous ait offert Hollywood depuis longtemps.

Aurélien Dauge

samedi, 28 avril 2007

"Next" de Lee Tamahori

medium_Next.jpgJusqu'à présent, l'écrivain Philip K. Dick avait plutôt réussi aux réalisateurs qui ont tenté de l'adapter sur grand écran: Ridley Scott (Blade Runner), Paul Verhoeven (Total Recall), Steven Spielberg (Minority Report), John Woo (Paycheck), Richard Linklater (A scanner darkly) et dans une moindre mesure Christian Duguay (Planète Hurlante) ont montré que chaque texte de K Dick, nouvelle ou roman, pouvait servir de moteur narratif et visuel à l'émergence d'un univers filmique extrêmement singulier. Peu de rapport esthétique, en effet entre le film de Scott et celui de Verhoeven ou de Spielberg. En revanche, Minority Report (2001), constitue aujourd'hui un référent esthétique majeur auquel certains aspects de Paycheck (les moins convaincants) devait déjà beaucoup. L'affiche française de Next, pâle copie de celle du film de Spielberg, annonce clairement la filiation "Par l'auteur de Minority Report". Lee Tamahori, déjà coupable de Meur un autre jour et réalisateur de ce film, est donc totalement éclipsé par un argument de vente plus proche de séries B vendues au rabais que de la grosse production que ce film prétend être. Difficile, en effet, de vendre Next autrement. Aucun suspense, aucune originalité, aucun sens de la mise en scène, des dialogues dignes de Plus belle la vie, un montage qui cultive les faux raccords et des effets spéciaux plus ratés les uns que les autres. Quant au scénario, il lorgne par moment du côté de Déjà vu sans jamais en atteindre l'efficacité. Depuis Congo de Frank Marshall (1995), rarement production américaine tirée d'un livre aura fait tant de peine à voir. Qu'est allé faire Nicolas Cage dans cette aventure où il arbore une coiffure ridicule qui n'est pas sans rappeler celle de Tom Hanks dans le Da vinci Code ? A découvrir d'urgence si vous souhaitez rigoler. A éviter si vous aimez le cinéma et/ou Philip K. Dick.

Aurélien D.

dimanche, 22 avril 2007

"Sunshine" de Danny Boyle

medium_Sunshine.2.jpgDanny Boyle est depuis Petits meurtres entres amis l'un des rares auteurs contemporains de films générationnels (Klapisch pourrait être son pendant français). Trainspotting, La plage, 28 jours plus tard et dans une moindre mesure Une vie moins ordinaire, sont autant de long-métrages devenus "cultes" pour beaucoup de jeunes qui étaient ado lors de leurs sorties en salle. Le revers de la médaille est qu'il s'agit davantage de films conçus pour plaire beaucoup sur le moment que d'oeuvres qui gagnent à être revues des années plus tard. De toute évidence Sunshine échappe difficilement à la règle. Esthétiquement séduisant par sa palette chromatique alternant chaud-froid avec virtuosité et ses images subliminales glissées dans le récit, Sunshine capte sans mal les rétines en quête d'émerveillement solaire. Peu importe que cette mission de sauvetage du soleil qui vire au slasher à tendance métaphysique ait souvent des airs de déjà vu. On se laisse emporter par l'aventure, même si l'ensemble souffre de la comparaison avec 2001, les deux versions de Solaris ou Mission to mars, et n'apporte en fin de compte pas grand chose au genre. Sunshine est donc l'un de ces films qui impressionnera surtout ceux qui n'ont pas encore vu tout les classiques du genre et divertira assez intelligemment les autres. Notez que contrairement à ce que peut laisser croire l'hideuse affiche française, il ne s'agit pas d'une suite d'Armageddon ou du cultissime navet que demeurera Fusion.

Aurélien Dauge

jeudi, 19 avril 2007

"Ensemble, c'est tout" de Claude Berri

medium_Ensemble_c_est_tout.jpgAdapté du best-seller éponyme d'Anna Gavalda, Ensemble, c'est tout est un film qui distille progressivement son charme. Rien d'exceptionnel non plus, mais un attachement aux personnages et une musique entraînante font que le récit ramassé en 90 minutes passe sans temps mort. Sur un tempo similaire à celui d'Une femme de ménage (2002), Claude Berri signe un film efficace porté par deux des comédiens français les plus populaires du moment : Audrey Tautou et surtout Guillaume Canet. Ils ne surprennent guère mais assurent dans leurs registres respectifs. Tout cela est un brin trop prévisible mais malgré tout distrayant, si tant est qu'on ne soit pas gêné par le côté bobo parisien du film. D'un point de vue sociologique il paraît évident que le livre de Gavalda a été écrit suite à la canicule de 2003 et aux nombreux discours sur la nécessité d'une aide accrue envers les personnes âgées. Le jeune rebelle par excellence (voir Canet au début du film) nous est montré comme un modèle de dévouement à sa grand-mère en convalescence. Et comme si ça ne suffisait pas, c'est la jeune "technicienne de surface" qui vit dans une grande (mais relative) misère, Tautou, qui vient le seconder. Ah, qu'elle est exemplaire la jeunesse française ! Et pendant ce temps là, le jeune bourgeois brillamment campé par Laurent Stocker perfectionne son élocution et se rend au Cours Florent. Qu'on se rassure, tout le monde réussit sa vie à la fin. "Ensemble, c'est tout", slogan politique ?

Aurélien D.

vendredi, 24 novembre 2006

critique ciné: "Casino Royale"

medium_C_R.jpg  G.I. James is a Bond guy


Alors qu’ils étaient en train de tuer culturellement James Bond, les propriétaires de la franchise ont décidé de tenter de le ranimer par un traitement de choc ; ils ont réussi en partie puisque rare tournage de la série aura autant été accompagné de quolibets entourant le nouvel interprète de 007. Cette polémique était-elle justifiée ? La question, en réalité, est secondaire. La vraie question est plutôt : prisonnière de plusieurs décennies de succès basés sur une même recette, une franchise d’une telle envergure peut-elle vraiment se renouveler ?


A la fois bon et bad, tel était le Bond des romans de Ian Fleming, et tel ont voulu le retrouver les producteurs, au terme d’une série de quatre films où Bond s’était transformé en inspecteur gadget. Je me souviens de la honte éprouvée en novembre 2002, dans une salle de cinéma, devant cet opus medium_C_R_1.jpggrotesque qu’est Die another day. Pierce Brosnan, « good guy » plus lisse que jamais, roulait en voiture invisible et se battait contre un « bad guy » déguisé en Robocop. Le plus mauvais film de la série. Aux côtés de Moonraker, qui lui aussi en 1979 donnait dans la surenchère d’effets spéciaux et d’invraisemblance.


L’histoire des Bond est cyclique : après deux ou trois films spectaculairement éloignés de l’esprit des romans, les producteurs souhaitent retourner aux sources réalistes et violentes des bouquins de Fleming, parfois en changeant d’interprète mais surtout, et c’est plus étonnant, malgré les succès de ces films « grand public » (les opus cités plus hauts ont engrangé les meilleurs scores des films, respectivement, de Pierce Brosnan et de Roger Moore). Ces revirements brutaux, il faut bien l’avouer, constituent les meilleurs films de la série. Ils désorientent les spectateurs et font moins d’entrées que le précédent (ce sera probablement le cas de ce Casino Royale) mais prennent toute leur valeur avec le temps. Bide lors de sa sortie, on reconnaît aujourd’hui à On Her Majesty’s secret service des qualités bien supérieures aux medium_C_R_2.jpgderniers films de l’ère Connery, avec laquelle rompait totalement celui-ci, au point d’être aujourd’hui le seul Bond des années 60 et 70 programmé en prime-time sur le hertzien, au grand dam des Connery et des Moore, relégués à des horaires ingrats.


Casino Royale est donc un coup de pied dans la fourmilière. Il a été conçu pour cela, et pour cela il est réussi. On ne peut que saluer le courage (pour une fois) de producteurs décidés à aller exactement à l’encontre de ce qu’attendait le grand public, qui dans un réflexe de consommation conservatrice, demande à ce qu’on lui resserve sans cesse la même recette à peine variée, comme c’est tout particulièrement le cas avec cette saga vieille de quarante ans qu’est James Bond. Bousculer les codes : tel a été le premier acte volontariste des producteurs. Le film ne s’ouvre pas sur l’historique gunbarrel, le générique (au demeurant vraiment bon) est dénué de corps féminins se mouvant lascivement, ni cul ni Q dans ce film, encore moins de Moneypenny, et pour couronner le tout le thème de Monty Norman n’apparaît vraiment qu’à la toute fin du film. Faire table rase, ou repartir à zéro ?


De même, le choix de Daniel Craig (James Blond !) a provoqué l’ire des spectateurs les plus pantouflards et réticents à la nouveauté. Pourtant, il est évident que le choix de Craig était plus étonnant que pour la seule blondeur du bonhomme : visage dur et physionomie baraquée, l’intention perçant à travers ce choix de casting était évidente. Retrouver le Bond âpre et cruel des romans. Délaisser le blagueur-dragueur bien-coiffé passe-partout. Craig s’avère être un bon choix : Bond est avant tout une machine à tuer certes maline, mais dénuée de sentiments, ce qui changera au cours du film… ou pas. C’est là que tout se joue dans ce Casino Royale.


Il ressort de tout cela les séquences d’action les plus brutes de la série depuis un sacré bout de temps, avant tout parce qu’en lui retirant son brushing, on a fait de ce Bond un type décoiffé, et décoiffant. La baston dans les escaliers du Casino Royale renoue avec le côté sec des bagarres de Sean Connery, et c’est tout à fait réjouissant ; la séquence de l’aéroport constitue un hommage assez jouissif, évident et tout à fait bienvenu à la longue scène du camion de Raiders of the Lost Ark transposée sur le décor de Die Hard II… Le film réussit à rappeler les meilleurs James Bond (en tout premier lieu From Russia with Love, Thunderball, et OHMSS) tout en revenant surn l’héritage desmedium_C_R_3.jpg films d’action des années 80 et 90. Là où Die another day se contentait de céder à la mode des xXx et consorts. Ce film-ci y gagne plus de réalisme, plus de tripes. Ceci dit, on me prendra peut-être pour un sadique, mais je regrette que la scène de torture de Bond soit interrompue juste au moment où elle commençait à devenir réellement percutante…

Vrai bémol cette fois : si Craig possède les qualités qui font de lui le Bond « dur » qu’on attendait de lui, je dois avouer que je regrette l’absence quasi-complète de classe de l’acteur. Sean Connery avait d’emblée apporté une dimension particulière du personnage, qui, il est vrai, ne figurait pas dans le roman, mais était essentielle aux films : l’élégance. Alors, peut-on être un Bond à la fois élégant et cruel ? Peut-être seul Sean Connery a su l’être ; peut-être aussi le regrette-t-on parce qu’il avait été le premier interprète de 007. Quoiqu’il en soit, il faut admettre que Craig a parfois davantage des allures de G.I. Joe que de gentleman anglais. On pourra s’en désoler. Tout est question de point de vue. On ne peut pas tout avoir…


De l’élégance cependant on en a grâce à la belle Eva Green, qui en Vesper Lynd campe la plus émouvante des James Bond girls depuis Diana Rigg dans Au Service secret de Sa Majesté. Ne nous étonnons pas medium_C_R_4.jpgd’ailleurs : les deux personnages ont un parcours analogue : farouchement hostiles à Bond, puis éperdument amoureuses de lui (réciproquement), au point qu’il les pleurera toutes deux. Autre point commun avec le film de 1969 (ils ne manquent pas, du reste, ça en fâchera certains, et réjouira d’autres, dont moi) : c’est l’adaptation la plus fidèle à un roman de Fleming depuis l’opus avec Lazenby. Les films s’étaient égarés en détournements d’intrigue, et pour finir en scénarios originaux tous conçus selon le même principe. Revoir James Bond perdre la partie dans un film, ça fait du bien. Nul doute par ailleurs que l’on doit une grande partie de ce côté inhabituel à la participation de Paul Haggis (Million Dollar Baby) au scénario, nettement moins consensuel que le duo à qui on devait les derniers films, et qui avait signé la toute première mouture du script.


Plus consensuelles en revanche sont la réalisation de Martin Campbell et la musique de David Arnold, pour ne citer qu’eux. Ces derniers fournissent un travail honnête, mais on aurait pu s’attendre à ce que formellement, le désir de renouvellement se manifeste plus originalement que par une séquence en noir et blanc assez artificielle, un filmage en règle générale assez plan-plan, et la reprise par David Arnold des mêmes procédés que ceux des trois derniers films. Ces éléments (parmi d’autres) nous rappellent qu’on reste dans le cadre d’une franchise de gros studio, et que le courage des choix des producteurs ne déborde pas sur la forme trop classique du film d’action contemporain, contrairement à un JJ Abrams sur M :I 3 par exemple. On reste ainsi devant un exemple très intéressant de désir révolutionnaire (casser pour avancer) bridé par la nécessité de maintenir à tout prix un classicisme formel garant du succès public. En réalité, on ne peut que rêver du scénario de Haggis tel qu’il aurait été filmé par Tarantino (puisque c’est lui qui avait lancé l’idée de revenir au premier roman…). Il en résulte, malgré tout, limité dans les conditions d’une forme transparente, l’un des meilleurs James Bond en plus de quarante ans de carrière.

Rodolphe B.

samedi, 11 novembre 2006

critique ciné: Le Dahlia noir

medium_Le_dahlia_noir.2.jpgAnnoncé depuis des lustres, Le Dahlia Noir est enfin visible. Depuis 2002 et l’inégal Femme fatale, De Palma n’avait rien tourné. On en attendait évidemment beaucoup de l’adaptation du roman noir de James Ellroy. Trop, sans doute pour la majorité des journalistes ainsi que pour les inconditionnel du roman.

Il est facile de deviner, à la fin des deux heures de projection, que la production de ce film a été parsemée de difficultés en tous genres. Il n’y a qu’à voir la somme des sociétés de production aux noms plus inconnus les uns que les autres défiler sur l’écran pour comprendre que De Palma a dû mener un combat de longue haleine régi par moult compromis afin d’inscrire sur pellicule les idées qu’il avait en tête. Le générique de fin nous apprend que si l’histoire du film s’ancre dans le Los Angeles des années 1940, le tournage s’est déroulé en Europe centrale et qu’une grande partie de l’équipe technique est bulgare. La durée du film étonne aussi : 2h00. Une longueur trop ronde pour ne pas témoigner de remontages incessants et trop courte pour un projet de cet acabit. De cet ensemble de données naît une frustration. Si Le Dahliamedium_dahlia_noir_2.jpg noir avait pu se monter plus facilement, ce film, par son sujet, son rapport permanent au cinéma et la qualité du roman dont il s’inspire, aurait sans doute pu constituer l’apogée de la carrière de De Palma. Le film donne d’ailleurs l’impression d’avoir été conçu de la sorte, c'est-à-dire comme un hommage aux thèmes les plus chers du cinéaste, de la manipulation à la figure du double en passant par le voyeurisme. Ces obsessions ne sont pas ressassées sous une forme onirique ponctuée d’une impression explicite de « déjà vu », comme c’étmedium_dahlia_noir_1.jpgait le cas dans Femme Fatale, mais se trouvent au contraire transcendées, car intégrées dans un récit qui s’établit sur les fondations d’Hollywood. Le rapport au cinéma et à son histoire a ceci de particulier ici qu’il s’entremêle à une référence récurrente à L’homme qui rit, l’un des plus beaux et des plus denses romans hugoliens, notamment sur la question de la remise en cause des apparences et de la mise en abyme. Dans le film de De Palma, ce roman nous est présenté sous l’angle de son adaptation au cinéma et du rapport entre un meurtre et ce film. Ainsi, Le Dahlia noir est l’adaptation d’un roman d’Ellroy, mais au sein de ce long-métrage nous sont projetées des bribes d’une adaptation d’un roman du 19ème dans le cinéma hollywoodien des années 40. Or, au sein du roman de Hugo, il y avait aussi une mise en abyme, théâtrale cette fois, qui conférait au théâtre un pouvoir de révélation. Ce jeu avec l’art et les interconnections entre les œuvres est sans aucun doute le sujet principal du Dahlia noir, ou en tout cas samedium_dahlia_noir_3.jpg dimension la plus intéressante, qui l’éloigne au passage de L.A Confidential, autre adaptation d’Ellroy. Ce rapport au passé et à un cinéma a priori moribond est d’autant plus passionnant que le film fait esthétiquement renaître de ses cendres le film noir hollywoodien sur un mode certes peu novateur mais en fin de compte moins artificiel que Sin City l’an passé. A cet égard, le casting est plutôt réussi, Josh Hartnett et Scarlett Johansson en tête.

En dépit de l’intérêt indiscutable du film et de l’investissement sincère de son réalisateur, la virtuosité n’est pas toujours au rendez-vous et cette oeuvre souffre non seulement d’une intrigue un tantinet trop confuse et d’une bande originale qui n’est pas à la hauteur du projet. Malgré tout, l’atmosphère singulière du Dahlia Noir parvient à nous envoûter et De Palma réussit quelques séquences géniales qui nous rappellent qu’il sait jouer avec la notion de point de vue comme peu d’autres réalisateurs contemporains.

Aurélien D.

dimanche, 05 novembre 2006

critique ciné: Azur et Asmar

medium_Azur_et_Asmar.jpgLe Michel Ocelot couronné de succès public et critique pour ses deux Kirikou était attendu au tournant ; nul besoin de dire qu'il a plus que bien négocié son virage avec cet Azur et Asmar salué par la critique comme un film d'animation exceptionnel. Le film change des habitudes disneyennes et pixariennes auxquelles toutes ces dernières années nous ont habitué malgré nous, avec plus ou moins de bonheur, pour nous rappeler que la qualité peut revêtir d'autres formes plastiques et narratives. Outre la richesse, la finesse et la beauté des univers créés par le film (là où, chez Kirikou, les décors demeuraient plutôt pauvres, mais s'ils étaient intéressants), l'animation et la mise en scène ont pour principale caractéristique une épuration qui se démarque de la surenchère hollywoodienne. Cette épuration affirme une efficacité qui n'a rien à envier aux studios américains, avant tout parce qu'elle repose simplement sur d'autres principes. Azur et Asmar invite ainsi à regarder et à écouter, là où la plupart du temps il suffit de voir et d'entendre. Les séquences où Azur se fait passer pour aveugle constituent à ce titre une belle métaphore de ce qu'est apprendre à être attentif au monde qui nous entoure, à percevoir les choses autrement.

            Le film, on le sait, se charge par ailleurs d'un discours sur la tolérance plutôt bienvenu en ce climat de raidissement des fiertés confessionnelles et ethniques. Aussi saluerai-je comme principale qualité chez Michel Ocelot un très habile talent de neutralisation des caricatures quelles qu'elles soient, au profit d'une simplicité apparente, porteuse d'une démonstration portant sur l'absurdité des préjugés en tout genre. On pourra reprocher au réalisateur sa vision simpliste voire simplette, mais ce serait oublier que le film s'adresse aux tout petits, et que de ce point de vue la gageure est admirablement tenue, fondue qu'elle est dans l'émerveillement d'une esthétique et d'une technique narrative héritée des contes russes traditionnels.

 

Rodolphe B.

dimanche, 08 octobre 2006

critique ciné: The sentinel

medium_The_Sentinel.2.jpgPrenez un acteur vieillissant, accolez lui deux stars de séries télé, ajoutez un scénario aussi crédible que les dénégations d’un cycliste professionnel après un contrôle antidopage positif, et vous obtiendrez The Sentinel, film sorti le 30 août en France (ça date déjà) et réalisé par Clark Johnson.

Tout d’abord, parlons un peu des acteurs : étant donnés son âge et sa corpulence, Michael Douglas a bien du mal à enfiler le costume d’un garde du corps présidentiel. Si Clint Eastwood avait, lui, plutôt réussi cette performance qui est d’être crédible dans un tel rôle à un âge avancé (Dans la ligne de mire), force est de constater que Douglas n’y arrive pas. Différence de classe sans doute… Kiefer Sutherland n’est pas non plus très brillant dans le rôle de l’ex-poulain soupçonnant son ex-mentor d’avoir couché avec sa femme : dès le début du film, il en semble convaincu, sans aucune preuve ; vers la fin du film, il ne le crois plus sans plus de preuves… De telles certitudes changeantes semblent déplacées chez un as de l’enquête, non ? Kim Basinger, quant à elle, est toujours aussi belle et interprète plutôt bien la First Lady, malgré un doublage français loin d’être parfait (notamment la première phrase qu’elle prononce, dans la voiture). Le pompon du pompon revient à Eva Longoria, issue de Desperate Housewives, qui, à aucun moment, n’accomplit la moindre action susceptible de justifier sa présence dans le film !

Passons maintenant au scénario. Dieu sait que je ne suis pas regardant sur la vraisemblance des films d’action, mais là je n’ai jamais réussi à y croire : il est réellement invraisemblable qu’un garde du corps se tape la First Lady sans que personne ni aucun système de surveillance ne les trahissent ! De même, il est assez incohérent de voir les agents débarquer chez Douglas, cette légende pour eux, pour l’arrêter, avant même qu’ils aient vérifié toutes les autres pistes, dont le passage de l’ensemble des effectifs des gardes du corps présidentiel, au détecteur de mensonge. Or, il se trouve que le Méchant y a échappé… Dans le genre « oubli », on ne saura jamais non plus quelles sont les motivations des commanditaires de l’assassinat… Simple oubli ou tentative de rassurer le bon peuple américain en lui répétant que son pays représente les Gentils, le Bien et qu’il est donc cohérent que des Méchants les attaquent sans raison ?

Dernier détail qui tue : le film, contrairement à sa bande annonce qui mettait en appétit, manque de rythme.

Au final, vous aurez compris à quel point je vous recommande de dépenser vos euros pour aller voir ce film...

Stéphane D.

vendredi, 29 septembre 2006

La revue de films (mi-août à fin septembre)

Après un long mois et demi de silence, Idea revient ! En attendant l'arrivée de nouveaux articles, voici un panorama rapide des films sortis depuis cette coupure.

Idea feeling : ****

- LA JEUNmedium_La_jeune_fille_de_l_eau.jpgE FILLE DE l’EAU : ne vous fiez pas à l'immense majorité des critiques françaises, le dernier opus de Shyamalan et un chef d'oeuvre d'audace scénaristique et un nouveau petit bijomedium_Flandres.jpgu de mise en scène. La BO de James Newton Howard est au diapason. Seules quelques minimes baisses de rythme sont à déplorer. Sans doute son meilleur film depuis Incassable et la confirmation qu'il est avec Mann l'un des plus grands réalisateurs contemporains.

- MIAMI VICE: une réalisation époustouflante transcende un scénario très classique voire inexistant.

- FLANDRES: un grand film, une claque. On ne ressort pas indemne d'une expérience que Brunot Dumont (le réalisateur) métaphorise comme un retour à "l'état de nature". L'(in)humanité la plus profonde.

Idea feeling : ***

- JE VAIS BIEN NE T'EN FAIS PAS : une grosse surprise, un film dont la réalisation, certes, ne révolutionne medium_world_trade_center.3.jpgrien, mais medium_Je_vais_bien_ne_t_en_fais_pas.jpgdont on ressent une grande justesse. Justesse des personnages (très bons acteurs), mais aussi des situations. Un gros coup de coeur des spectateurs en regard de ses bons résultats au box-office.

- WORLD TRADE CENTER: non on NE PEUT PAS reprocher à ce film ni d'être patriotique/pro-américain, ni d'être une énième grosse production "spectaculaire". Pas de bannière étoilée, pas de message messianique, juste un film qui montre le 11 septembre d'un point de vue humain (et pas d'un point de vue "blockbuster qui cherche uniquement à impressioner"). Comme dans VOL 93, il n'y a aucun suspens, mais une émotion réelle. Pari accompli donc, pour les 2 premiers films sur le 11/09.

Idea feeling : **

-INDIGmedium_Indigenes.jpgENES : un film de guerre comme on en a déjà vu! Beau message politique bien entendu, qui a heureusement été entendu (sur les pensions des anciens combattants "indigènes"). Un film utile pour les livresmedium_Les_amities_malefiques.jpg d'Histoire...mais après?

-LA SCIENCE DES REVES: complètement déjanté, mais si l'on se prend au jeu, on en ressort bien "diverti", déboussolé... comme d'un bon manège! Très beau casting, en plus.

-MONSTER HOUSE : Spielberg et Zemeckis de nouveau associés comme au temps des 80’s. Ca sent un peu le réchauffé, mais c’est distrayant et rafraîchissant. Dommage que le film n’ait pas trouvé son public.

-LA TOURNEUSE DE PAGES: un film à ambiance... pas inintéressant, ne serait-ce que pour revoir Xavier de Guillebon, moins marrant qu'en Jean-Michel (mari d'Anne-So) de L'medium_A_scanner_darkly_fr.jpgAuberge espagnole.medium_Les_anges_exterminateurs.jpg

-LES AMITIES MALEFIQUES: Emmanuel Bourdieu livre un film à moitié réussi sur la fascination suscitée par un jeune parisien bourgeois-rebelle sur deux amis étudiants. Par moments tout de même, ça sonne terriblement creux. On est en droit de préféré les anciennes collaborations du cinéaste avec Desplechin (Comment je me suis disputé..., Esther Kahn)

- A SCANNER DARKLY : esthétiquement intrigant mais rapidement ennuyeux l’adaptation très attendue du roman éponyme de K Dick ne nous a pas vraiment convaincus.

- LES ANGES EXTERMINATEURS : à la fois sensuel et dérangeant, le dernier film de Brisseau marque les esprits sans pour autant s’imposer comme une œuvre chaudement recommandable. Revoir Choses secrètes est conseillé.

Idea feeling : *

-PRESIDENT : après un slasher pour ado qui singeait sans brio ses maîtres américainmedium_Le_grand_Meaulnes.jpgs, Lionel Delplanque nous pond un Présimedium_President.jpgdent opportuniste (les élections approchent…) sans parti pris et vite oublié. Dupontel sauve à peine l’affaire. Un film néanmoins distrayant sur le moment, le cas typique du divertissement du dimanche soir (du temps ou TF1 diffusait encore des films en prime time le dimanche)

-LE GRAND MEAULNES (vu en avant-première): une impression de téléfilm. Jean-Baptiste Maunier montre qu'il aurait mieux fait de continuer à chanter, et les partis-pris scénaristiques étonnent, voire déçoivent...

 

Et vous, qu'avez-vous pensé de ces films? En avez-vous vu d'autres qui méritent qu'on en parle ?

La concision de ces impressions invite au débat, alors n’hésitez pas à écrire un commentaire !

Damien et Aurélien D.

samedi, 12 août 2006

"Tideland" ou la dernière folie de Terry Gilliam

medium_Tideland.2.jpgComme dans tout film de Terry Gilliam, la folie est au cœur de Tideland : jamais un cinéaste n’aura exploré avec autant de jubilation et d’originalité la démence de ses personnages comme celle du monde qui leur sert de décor. On ne sait jamais vraiment quelle folie déteint sur l’autre, si la perte des repères des personnages conditionne celle de leur monde, perçu à travers le prisme de leur désorientation, ou si ce monde produit lui-même, par son dérèglement, les cinglés qui intéressent Gilliam. Ici, le traitement par le cinéaste de sa question fétiche interroge ce que la folie peut avoir de profondément salvateur. La jeune Jeliza-Roze vit partagée entre sa lecture d’Alice au Pays des Merveilles et la crasse glauque dont l’entourent ses parents junky au début du film. La référence à l’œuvre de Lewis Carroll est constante du début à la fin (le titre original du film, Roze in Tideland, calque d’ailleurs explicitement Alice in Wonderland), mais comme pour la mieux détourner : si Alice plonge dans le monde de ses rêves pour échapper à l’ennui de son quotidien de jeune fille de bonne famille, Jeliza-Roze s’engouffre dans le sien mue par un instinct de survie, du genre dernier medium_Tideland_1.jpgrecours.

La folie de la petite fille n’est ainsi pas synonyme d’inconscience, comme c’est le cas des autres personnages, ses parents, Dell et Dickens, ou de tant de héros de Gilliam ; son sens des réalités est au contraire tel qu’il empêche parfois la folie des autres d’atteindre un point de non-retour. Sa folie est comparable à une couverture qu’elle revêt pour éviter d’être tout à fait happée par la réalité barrée des autres, véhicule de mort du début à la fin.

Je crois qu’on ne peut décidément qu’admirer Terry Gilliam pour cette aptitude à faire partager le délire de ses personnages (et le sien propre) d’une manière aussi oppressante et impressionnante, sans pourtant jamais verser dans le tape-à-l’œil ou le désespérément creux. S’il ne peut s’empêcher de mettre en scène plusieurs séquences oniriques, où le film se pare dans sa forme et son contenu des atours de l’imagination de Jeliza-Roze, il parvient à éviter le systématisme qui fait tant de torts au Big Fish de Burton (auquel, d’une certaine, manière, on ne peut éviter de le comparer, ne serait-ce que visuellement), pour mieux laisser affleurer, par la simple suggestion et l’incertitude des perceptions visuelles et sonores, la magie et l’horreur qui entourent l’héroïne. Jeliza-Roze reste ainsi perpétuellement en équilibre entre la conscience de la réalité qui est la sienne, et la folie qui permet de jeter un voile sur cette dernière, et en fin de compte de la supporter malgré tout.

NB: ce film est sorti dans les salles françaises le 28 juin dernier.

Rodolphe B.

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