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mardi, 25 avril 2006
"The Warriors" : du film de Walter Hill au jeu de Rockstar Games
Rockstar Games n’est pas seulement une fabrique de Grand Theft Auto, loin de là : ces développeurs habitués à un registre toujours politiquement très incorrect sont à l’heure actuelle en train de préparer un jeu … de ping pong ! Oui, je sais, ils vont loin cette fois dans le trash ! Heureusement, pour compenser cette escapade au pays des balles blanches et des tables vertes, nos amis avaient pris le soin de sortir quelques mois auparavant sur PC, Xbox et PS2 un titre beaucoup moins soft, à savoir The Warriors, directement adapté du film homonyme réalisé par Walter Hill en 1979 (Les guerriers de la nuit en VF). Le résultat ? Un beat them all assez bien fait, très fidèle à son modèle cinématographique et à son ambiance si particulière.
Le scénario du film est assez simple. De mon point de vue, c’est surtout son ambiance qui est prenante, plus que l’histoire en elle-même : à la fin des 70’s, dans un New York délabré, rongé par des centaines gangs gardant jalousement et violemment leur territoire, une sorte de gourou nommé Cyrus, chef du plus important des gangs, les Riffs, organise une grande assemblée dans un parc du Bronx, dans le but de prendre le contrôle de la ville par une union de tous ces groupes de malfrats initialement divisés. Alors qu’il enflamme la foule par ses propos et par les perspectives réjouissantes qu’il offre, il se fait tuer d’une balle de pistolet. Le tueur propage le mensonge que les Warriors, un gang venant de Coney island, sont à l’origine du meurtre. Le film raconte le retour de nos 9 « héros » dans leur quartier, à plus de 25 Km du lieu de l’assemb
lée. Ils vont devoir traverser toute la ville, tous les territoires avec les flics et surtout tous les autres gangs aux fesses. Le jeu reprend très fidèlement ce scénario dans sa seconde partie, après une première dans laquelle on effectuera des missions inédites permettant de renforcer l’immersion dans ce monde très sombre, au propre comme au figuré, car l’action y est toujours nocturne. Cette fidélité par rapport à l’œuvre originale se traduit dans les faits par la présence de très nombreuses scènes cinématiques faîtes avec le moteur du jeu, recréant toutes les scènes clés du film et par une séquence d’introduction identique jusqu’au logo de la Paramount.
Le joueur dirige un membre des Warriors, en vue à la troisième personne, évoluant dans de vastes quartiers de la Grande Pomme, entièrement reconstitués. Si l’on jouit d’une grande liberté dans ces espaces, il sera impossible d
’errer librement d’un quartier à l’autre, tout sera dicté par le scénario, les missions. Ce dirigisme est le prix à payer pour une grande fidélité au film de 1979. Le système de jeu est bien pensé, varié et efficace : même si toutes les missions sont centrées sur l’action et la baston, on sera confronté à différents gameplay. Entre des phases d’infiltrations très limitées, beaucoup de « mini-jeux » pour gagner de l’argent, des phases de Quick Time Event (en référence à Shenmue) où il faudra appuyer le plus vite possible sur la touche indiquée à l’écran, et les scènes classiques de baston bien servies par des coups et des prises variées, le joueur ne s’ennuiera pas. Les mini-jeux sont à la fois secondaires car pas toujours liés à la réalisation des
objectifs, et essentiels car dans ce jeu, l’argent tient une place prépondérante : il sert à acheter de la dope pour se remettre en forme après une altercation un peu trop brutale (comme dans un Max Payne) et à acheter des bombes de peintures pour taguer les murs, cette action s’effectuant aussi sous forme de mini-jeu d’adresse. Pour s’enrichir, on pourra agresser tous les personnages présents à l’écran, par un jeu de recherche de vibration au moyen du stick droit. On pourra également piquer des autoradios en tournant rapidement ce même stick. On pourra, finalement, braquer des magasins en forçant les serrures comme dans un Splinter Cell. On sent que les développeurs avaient des idées et qu’il ne s’agit pas d’une adaptation à la va-vite. Le seul vrai défaut technique est la caméra, qu’on peut « officiellement » diriger manuellement, mais qui est concrètement loin d’être docile.
Qui dit gang sous-entend plusieurs personnes, donc gestion d’équipe. Elle est ici très simple, très efficace et s’effectue par l’intermédiaire de 6 ordres accessibles par la touche R2 : suivez-moi, couvrez-moi, restez là, saccagez tout, massacrez tout le monde et dispersez-vous. L’intelligence artificielle est bonne, renforçant ainsi l’impression d’évoluer au milieu d’êtres humains et non pas de chèvres (contrairement à certains jeux que je ne citerai pas…). Si les modes
de jeu ne semblent pas très variés à l’écran de présentation du jeu, ce n’est pas parce qu’ils ne le sont pas, mais parce que pour découvrir la profondeur du jeu, il faut se lancer dedans. Ce n’est qu’une fois dans le mode scénario que l’on aura réellement accès à une interface, en forme de quartier général, riche en perspectives : on pourra y rejouer toutes les anciennes missions, faire de la musculation pour se renforcer, faire un tour dans son quartier pour débloquer quelques bonus, accéder à un mode baston pure et même, une fois le jeu terminé une première fois, jouer à une borne d’arcade, véritable
hommage à la célèbre série des Double Dragon.
Sur le plan sonore, c’est tout bon : dans le jeu, les niveaux sont rythmés par les mêmes bonnes musiques et par la même « radio-gang » que dans le film. Cette radio est une sorte de messagerie musicale des gangs, qui permet par exemple dans le film, de faire comprendre à tous que les Warriors sont les ennemis, en leur dédicaçant une chanson intitulée « No where to hide ». Les voix sont en anglais et ressemblent à celles du film.
D’un point de vue visuel, le moteur graphique n’est pas très beau, mais il permet de gérer sans ralentissements des dizaines de personnages se battant à l’écran, ce qui est remarquable sur PS2 par exemple, quand on voit comment rament les GTA parfois. L’impact visuel de l’ambiance très sombre de cette nuit new-yorkaise est bien
rendu, l’obscurité accentuant le sentiment d’oppression que l’on ressent lorsque l’on est pourchassé par des hordes sauvages. Le terme de « sauvage » est approprié car il y a un côté FarWest dans cette fuite à travers la ville, preuve en est la scène de scalp qui ponctue le film. Si l’obscurité renforce l’immersion, comme dans le film, le soleil et la lumière du jour annoncent la fin de la nuit, la fin du cauchemar et le retour à la maison, à Coney Island, bref la fin du film et du jeu. Dans cette optique, la scène finale sur la plage au petit jour transmet réellement bien ce sentiment d’être enfin arrivé au bout du tunnel.
Plus encore qu’une simple adaptation vidéoludique d’un film, ce jeu vaut surtout pour son atmosphère,
qui ne plaira pas à tout le monde : entre des décors et des looks très (trop ?) « kitsh » comme les coiffures à la Bernard Thibault (ou à la Bobby dans « Dallas », selon les références de chacun) et une violence beaucoup plus exacerbée que dans le film, beaucoup plus sanglante, ce jeu est à réserver à des joueurs avertis et réellement matures. Si on le prend au premier degré, ce jeu est littéralement malsain, par son idéologie violente et par les actions qu’on peut y accomplir : éclater la tête d’une femme à qui on vient de piquer son fric, contre un mur, c’est aller très loin dans le trash il faut le reconnaître. On peut même se demander pourquoi les développeurs sont allés si loin : il n’y a presque pas de sang dans le film de 1979, et aucun civil n’y est agressé, toute l’action se déroulant entre des gangs. Pour pouvoir en profiter, il faut être capable de second degré, de prendre du recul, de réaliser que ce n’est qu’
un jeu, que ce qu’on y fait n’est pas à faire dans la réalité. Personnellement, il m’a fait penser au sketch de Coluche, « le blouson noir » : nos héros sont du genre Bob, car « Bob, tu vois, il est sympa s’tu veux, mais quand il t’attaque pas, y cherche qu’à se défendre ! ». Ce jeu, c’est parfois du « on était dix, il était tout seul… on s’est éclaté en l’éclatant ! ». Une phrase prononcée dans le film par un des Warriors résume bien l’ambiance néanmoins comique qu’on peut parfois ressentir dans le film et dans le jeu : « avec cette batte dans le cul, t’auras l’air d’une sucette ». Voilà, tout est dit… D’un point de vue cinématographique, par son ambiance très sombre, ses looks kitsh, et sa localisation dans un New York délabré et dangereux, The Warriors n’est pas sans rappeler le cultissime New York 1997 de Carpenter, réalisé en 82, soit trois ans après le film de Walter Hill.
Si un tel jeu pourra permettre à certains de passer un bon moment, défoulant, en jouant un rôle de « catharsis vidéoludique », j’ai peur qu’il ne soit ressenti par d’autres, moins capables intellectuellement, que comme une
inspiration, un modèle d’attitudes et d’actes à accomplir dans la réalité pour se faire respecter, j’ai peur que ce recul réellement nécessaire ne soit pas un exercice mental réalisable par tous les acheteurs de cette œuvre vidéoludique recommandée à la vente aux plus de 18 ans, preuve s’il en est encore besoin, que maturité et majorité n’ont pas grand chose à voir. Comme au moment de la création des GTA, Rockstar Games, par cette création vidéoludique extrême, repousse les limites du politiquement correct et nous offre un jeu immersif, prenant, mais très violent et parfois malsain, bref : polémique.
Graphismes : B D’un premier abord assez quelconque, le moteur graphique du jeu permet néanmoins la gestion de nombres de personnages sans ralentissement
Ambiance sonore : A Là, rien à dire : les doublages sont bons, les musiques aussi, directement tirées du film.
Gameplay : A Les modes de jeux et les mini-jeux variés, bénéficiant tous d’une maniabilité différente bien pensée, compensent le seul défaut technique du jeu : la caméra rebelle.
Innovation : B Si les différentes maniabilités sont bien pensées, elles ne sont pas vraiment innovantes. Elles permettent néanmoins de rendre ce jeu plus attractif qu’un beat them all classique.
Idea Feeling : A Une bonne expérience vidéoludique pour ceux qui ont aimé le film. A recommander aux joueurs matures et adultes, à vivement déconseiller (voir plus) aux enfants et aux abrutis qui crament les voitures, agressent en bandes et caillassent les CRS.
Stéphane D.
01:30 Publié dans jeux vidéo | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Jeux Vidéo
Commentaires
Bravo pour votre IDEA FEELING : nul ne peut montrer ou filmer la violence,(du moins celle-ci à savoir bête méchante voire ignarde) il y aura toujours un ahuri qui en fera sa profession de foi! et...dommageable pour l'environnement!!
Très cordialement,
Ecrit par : XYZ | mercredi, 24 mai 2006
Non je ne suis pas d'accord! C'est seulement à déconseillé au debiles profonds. C'est pas un jeu qui va faire changer quelqu'un ou qui va le mener à agir brutalement. C'est absurde de croire ça.
On peut déconseiller un jeu aux petits parce que celui ci pourrait les choquer mais c'est le seul cas...
Ecrit par : Gayzenzei | jeudi, 06 juillet 2006
"Non je ne suis pas d'accord! C'est seulement à déconseillé au debiles profonds. C'est pas un jeu qui va faire changer quelqu'un ou qui va le mener à agir brutalement. C'est absurde de croire ça."
Il y a une contradiction dans cette phrase : si un tel jeu doit être déconseillé (voir plus) aux "débiles profonds", c'est justement parce qu'ils risquent d'y voir plus qu'un simple jeu, d'y voir un modèle de conduite à adopter. C'est EXACTEMENT la même chose pour les gosses : par leur nature même d'adultes en devenir ils sont extrêmement influençables et loin d'être capables de faire nettement le tri entre ce qui est bien et ce qui ne l'est pas, surtout après avoir joué à un tel jeu et après avoir assisté au coup de boule de Z.
Dans ce jeu il est possible d'extorquer le fric à des passants par des violences physiques , dont bien entendu des femmes, pour ensuite leur exploser la tête contre le mur dans une gerbe de sang...
Je ne pense pas être le seul à déconseiller la vision, et encore plus l'interprétation vidéoludique, de ce genre de scènes aux enfants...
Ecrit par : Stéphane D. | vendredi, 14 juillet 2006
LOL!!! Dans ce cas interdit la télévision aux enfants parce qu'on y voit bien plus hard. Il faut arréter de prendre pour cause de l'instabilité de personnes (adulte et enfant) ce genre de jeu.
J'ai regardé Nicky Larson quand j'étais petit et ce n'est pas pour cela que j'ai acheté un "flingue" pour buter les vilains de mon quartiers!!! Et encore moins voler les petites vieilles. Je trouve ça ridicule. C'est mon interprétation. Je te ris à la figure comme je ris à tous ceux qui me font les même remarques.
Pour remarque quand je disais "c'est seulement à déconseiller aux débiles profonds" c'était pour répondre "aux abrutis qui crament les voitures...".
Ecrit par : Gayzenzei | samedi, 15 juillet 2006
Nicky Larson est un dessin animé mignon tout plein où un gentil héros tire super vite au pistolet (à la Lucky Luke) et où il réussit la plupart du temps à désarmer ses méchants adversaires sans les tuer grâce à des vitesse et précision supérieures à la normale. On n'y voit quasiment jamais la moindre goutte de sang et jamais la moindre attaque gratuite du héros ou de ses amis (du genre "attaque de petite vieille") sur des innocents.
Dans le jeu The Warriors, c'est tout le contraire: ça pisse le sang, il est vivement recommander de s'attaquer aux passants violemment pour leur piquer leur fric, de faire des casses dans des magasins et de piquer des autoradios après avoir casser la vitre avant gauche bien entendu. Les victimes de nos attaques sont aussi souvent totalement innocentes que partiellement coupables de quelque chose. Il est possible de les mettre à terre pour ensuite les matraquer ou les exploser à coups de pieds, même une fois qu'ils sont KO il est possible de continuer pour faire gicler encore plus de sang. C'est un jeu où il est possible et même recommandé pour survivre plus longtemps, d'attaquer des cibles moins nombreuses, du genre 3 contre 1, le 1 étant déjà par terre à la merci des coups des 3.
Oser comparer ces deux oeuvres totalement différentes en tout montre seulement que tu ne sais pas de quoi tu parles.
D'un point de vue plus général, sur la violence à la télévision, je suis en effet contre la possibilité pour les plus jeunes et donc les plus influençables (que tu le reconnaisses ou non ne change pas les faits) d'être confrontés au genre de violence dont ce jeu est gorgé. Les "recommandations aux plus de" ou "interdictions aux moins de" sont là pour ça et ce n'est pas vrai que tu peux assister souvent ou à n'importe quelle heure à des scènes aussi violentes à la télévision (par exemple les films violents sont diffusés en fin de soirée et pas en pleine après midi)
La télévision, les jeux vidéos, le cinéma... n'est pas entièrement responsable de la violence dans la société, loin de là : après tout, si les parents faisaient leur boulot et éduquaient un minimum leurs gosses, en leur mettant des limites (comme celle de ne pas regarder des programmes trop violents pour eux par exemple), les programmes les plus violents pourraient bien être diffusés sans aucunes conséquences car les plus influençables, les plus jeunes n'y assisteraient pas.
Pour conclure, je maintiens très fortement que ce genre de jeu est à très vivement déconseiller aux plus jeunes, comme aux "abrutis qui crament des voitures".
Ecrit par : Stéphane D. | dimanche, 16 juillet 2006
"Nicky Larson est un dessin animé mignon tout plein", oui comme les Bisounours... J'ai pris cet exemple là mais j'aurais pu prendre Dragonball Z ou autre comme exemple mais c'est mignon avec du sang, des coups violents.
Sinon c'est vrai que je parle toujours de ce ne je connais pas, j'aime bien c'est marrant de faire semblant. Comme toi tu aimes parler pour rien dire...
Et critiquer les parents qui "éduquent mal" leurs enfants, c'est magnifique!
Après que tu aimes prendre des excuses plus ou moins bidons pour expliquer une "mauvaise action", c'est toi que ça regarde. Les enfants qui brûlent des voitures ont trop jouer à The Warriors, muhahahaha!
Et en ce qui concernent l'age indiqué sur la boîte, il n'est qu'indicatif et est souvent du n'importe quoi.
Et je conclurais qu'il ne sert à rien de surprotéger ses enfants, c'est les deservir.
Ecrit par : Gayzenzei | mardi, 18 juillet 2006


