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dimanche, 27 novembre 2005
Critique ciné (en avant-première !): "Mary"
Présenté lors de la dernière Mostra de Venise en septembre dernier, le dernier film d'Abel Ferrara
(Bad Lieutenant, Nos funérailles...) a déclenché une petite polémique qui sera peut-être ravivée au moment de sa sortie en salle, le 21 décembre prochain.
Dès sa mise en chantier, Mary, annoncé comme une relecture de la Bible, a suscité la controverse, d'autant que par réputation, Ferrara est tout sauf un auteur consensuel. Nous avons découvert son film en avant-première, à l'occasion du dernier festival du film américain de Deauville. Le verdict est sans appel : Mary est une bombe, un des trois ou quatre plus grands films de 2005.
La première séquence s'ancre à l'époque de Jésus, Marie Madeleine et des bergers. On pense naïvement que la suite du film restera dans cet espace-temps. Or, en un champ/contre-champ, cette reconstitution historique est désignée comme telle. Le mirage prend fin : nous étions en 2005, face à un film en tournage sur la vie du Christ. Dès les premières minutes du film, la capacité qu'a Ferrara de jouer avec plusieurs niveaux d'images et de
fictions, donc aussi plusieurs niveaux de lecture de son film, laisse pantois. Mais Mary devient encore plus passionnant lorsqu'on découvre que la "Mary" du film dans le film (merveilleusement incarnée par Juliette Binoche), n'est peut-être pas un personnage purement fictionnel. Autrement dit, le rôle Marie-Madeleine déteint à un degré troublant sur Marie Palesi, l'actrice diégétique qui l'incarne. Le personnage-titre de "Mary" sert dès lors de noeud et d'enjeu aux entrelacements permanents de deux niveaux de fiction a priori hétérogènes.
Le fil conducteur du récit cadre est un présentateur télé américain (joué par Forest Whitaker), spécialiste des débats religieux. Il va être amené, par certains événements qu'il vaut mi
eux ne pas dévoiler, à rechercher une paix intérieure. Là encore, deux strates de récits, soit sa vie professionnelle et sa vie privée, se juxtaposent et finissent par s'entremêler, si ce n'est par se contaminer, jusqu'au vertige.
En filigrane de ce récit à "strates", Ferrara nous offre une passionnante réflexion sur la fiction et sa part de vérité, via notre rapport aux images, au religieux et à la croyance en général. Celle-ci culmine lorsque le "film dans le film" est sur le point d'être projeté en avant-première. Le réalisateur profite de cette belle séquence pour affirmer sa filiation avec Scorsese (La dernière tentation du Christ...) et mieux régler ses comptes avec l'horrible Passion du Christ de Mel Gibson.
Mary se présente donc comme un film dense d'un point de vue thématique, complexe dans sa structure et d'une beauté formelle saisissante. Un film qui éblouit par l'intelligence de son propos sans pour autant frustrer les amateurs de fictions poignantes. En bref, Mary mérite d'être l'un des élus de 2005.
note: 9/10
Aurélien D.
22:10 Publié dans critiques ciné | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma
Commentaires
J'ai peur que ce film soit proche de La passion du christ de Mel Gibson... et si c'est le cas je vais detester... Alors proche ou pas?
Ecrit par : cinefan | dimanche, 27 novembre 2005
Pas proche du tout. Au contraire, "Mary" fait allusion plus ou moins directement au film de Mel Gibson pour le critiquer !
Perso, j'ai également détesté "La passion du Christ" (je l'avais même boycotté à sa sortie) mais j'ai adoré "Mary". Et encore une fois, le sujet n'est pas le même ("Mary" se déroule pour l'essentiel de nos jours).
Je t'encourage donc vivement à découvrir ce film !
Ecrit par : A.D | dimanche, 27 novembre 2005
Est-ce un film qui créera une polémique?
Ecrit par : Kheldar de Drasnie | lundi, 28 novembre 2005
Peut-être, mais selon moi, il ne mérite pas cette polémique qui ne pourra être déclenchée que par ceux qui ont adulé "La passion du Christ" de Mel Gibson.
Ecrit par : A.D | lundi, 28 novembre 2005
Il est également à noter que ce film vaut pour la présence de Forest Whitaker qui est un superbe acteur. Souvenez vous de Ghost Dog...
Ecrit par : bryant | lundi, 28 novembre 2005


